L'opium réside dans le pixel
Dans ce seul en scène, Baptiste Dezerces joue le rôle de trois hommes, tous happés dans un univers virtuel au sein d’un jeu vidéo. À travers leur alter ego numérique, il construisent une autre vie au-delà de leur existence dans le monde réel, questionnant ces nouvelles technologies de plus en plus immersives qui brouillent la frontière avec la réalité.
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L'équipe artistique
Mise en scène Baptiste Dezerces
Interprétation Baptiste Dezerces
Collaboration artistique Barbara Atlan, Valentine Bellone
Graphisme Simon Berger
Régie générale Étienne Coulomb
Création lumière Timothé Douart
Scénographie Diane-Line Farré
Création son Charlely Mahaut
Diffusion Julie Destombes I Petit bassin
Des spectacles qui parlent de jeux vidéo, on n’en croise quand même pas tous les jours. Nous aussi, on y a parfois cherché un refuge. C’est grave, docteur ?
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Voilà un spectacle qui ne pouvait pas mieux tomber. Ce qui m'arrive est un comble : ça fait quelques semaines que j'ai la manette qui me démange, et me voilà assise à mon bureau pour écrire sur un spectacle qui justement, parle de cette excitation-là. Si vous aimez jouer, vous savez. Vous savez la fièvre, l'enivrement que peut provoquer la lancée dans son jeu du moment. L'engouement est tel chez les joeuurs qu'on a parfois l'impression que le monde va se mettre à l'arrêt lorsque va sortir GTA VI. Bref, on est beaucoup à s'être refilé le virus. Et pourtant, il reste encore très incompris. Alors quoi de mieux que de plonger directement dans le cerveau d'un joueur pour mieux l'appréhender ?
Le spectacle part d'un constat simple : le virtuel est, sous bien des aspects, plus attrayant que le monde réel. Black Mirror l'a bien compris, en y consacrant un épisode entier. L'opium réside dans le pixel nous immerge dans la tête de trois joueurs. Qui traversent des paysages fous, visitent des cités perdues, peuvent être tout ce qu'ils ne sont pas dans le réel, grands séducteurs comme parfaits assassins. La liberté est absolue. Et le risque, évidemment, c'est de s'y perdre. Baptiste Dezerces, seul en scène, les y installe, et on les regarde basculer.
Trois personnages, trois personnalités, trois rapports à l'imaginaire. Trois ambiances qui se succèdent, et c'est ce rythme-là qui nous happe, qui empêche qu'on reprenne pied. Quelque chose de tragique court en filigrane, de poétique aussi, parce qu'on est toujours sur le fil entre réalité et virtuel. La bascule se fait doucement vers une espèce de folie qui ressemble autant à un effondrement qu'à un envoûtement. On s'attache aux personnages avant même de réaliser qu'on les a suivis trop loin.
Il a quelque chose d'inquiétant, Baptiste Dezerces. Une étincelle dans le regard qui appartient aux gens habités par quelque chose d'obsessionnel, de fragile, de potentiellement dangereux. Quelque chose de fermé aussi, comme une forme de la paranoïa - normal quand on s'attend à voir des ennemis surgir de toutes les cachettes possibles. Ses personnages sont poussés jusqu'au bord, mais ils restent étonnamment réalistes. Le vertige est là : on peut s'y reconnaître.
Quand on connaît la sensation, la transe du jeu, le temps qui file sans qu'on s'en aperçoive, on comprend comment on peut y rester. Mieux encore : le spectacle s'autorise à aller trop loin - chose que nous, joueurs raisonnables, n'avons jamais osé. C'est à la fois agréable et quand même troublant. Je me surprends alors à vriller. Comme si le spectacle était lui-même le virtuel. Comme si Baptiste Dezerces avait réussi à faire de la salle une nouvelle zone de jeu, et de nous tous, joueurs ou non, ses prochains personnages.














