
Tout est calme dans les hauteurs
Moritz Meister, écrivain admiré, vit retiré dans sa villa des Préalpes bavaroises avec son épouse. Un jour, ils reçoivent une doctorante, un journaliste et l’éditeur de l’œuvre. La conversation s’engage, pleine de citations et d’affirmations péremptoires. Peu à peu, le vernis craque, les positions se crispent et les masques commencent à tomber.
L'équipe artistique
Texte Thomas Bernhard
Mise en scène Jean-François Sivadier
Traduction française Claude Porcell
Collaboration artistique Nicolas Bouchaud et Véronique Timsit
Avec Nicolas Bouchaud, Norah Krief, Frédéric Noaille, Juliette Bialek
Scénographie Marguerite Bordat
Costumes Virginie Gervaise
Création sonore, régie générale et son Jean-Louis Imbert
Création et régie lumière Jean-Jacques Beaudouin
Administration et diffusion François Le Pillouër
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Je suis un mouton. Je suis un mouton parce que je ne suis pas une grande fan du travail de Sivadier, pas une grande fan du style de Nicolas Bouchaud, donc voilà, ce spectacle, je ne l'avais initialement pas mis dans ma sélection. Mais voilà que 4T Télérama passent par là, provoquent chez moi une FOMO suffisante pour me faire oublier momentanément que je ne suis pas une grande fan de ces artistes, et bim, l'instant d'après je suis assise au Théâtre du Rond-Point et je n'ai aucune idée - comme souvent - de ce que je viens voir. J'espère seulement que ça va être bien.
Et pendant les peut-être trente premières minutes du spectacle, je suis hyper embêtée. Je suis hyper embêtée parce que ce que j'ai devant moi est une véritable performance - j'y reviendrai - mais qu'on comprend rapidement le principe et qu'on en vient à se demander si ça va durer deux heures comme ça. Alors je vous rassure directement : non. Le début est génial, même si un poil répétitif, et la suite est géniale, et complètement inattendue.
La raison pour laquelle j'ai paniqué au début du spectacle est très simple : les personnages nous mettent des tunnels. Mais genre des vrais bons tunnels. Vous venez d'atterrir dans la maison d'un couple. Il est écrivain, il vient de terminer sa fameuse Tétralogie, elle a mis de côté sa carrière d'artiste pour soutenir celle de son mari. Et ils vivent un peu dans un monde à part, un monde à eux, hermétique aux miasmes du dehors, le genre où l'on cite Schopenhauer entre deux verres de vin. Et les tunnels vous font directement comprendre où vous êtes. Et c'est fait avec une incroyable maestria : ils ont beau blablater sur du vent, ils sont captivants. Il faut parvenir à instaurer cette ambiance, à poser le cadre, à ne pas perdre la salle, et ils le font merveilleusement : ils sont sur un fil, et, sans qu'on comprenne vraiment comment il parviennent à mettre autant de nuance dans leur jeu, déblatèrent sur rien. Du grand art.
Et ce n'est que le début. Car une fois que le cadre est bien installé, une fois qu'on a eu le temps de se demander si vraiment on était partis pour deux heures de vent, une fois qu'on a déjà envisagé toutes les possibilités d'interactions des différents personnages sur scène, soudain, l'ambiance évolue. Le rythme change. Et le malaise arrive. Un malaise déjà un peu installé par nos deux protagonistes, car au fond, ces personnages qu'ils incarnent devant nous, public bobo parisien du Rond-Point, sont un miroir pas forcément agréable de notre entre-soi. Mais autant vous dire qu'ils poussent le bouchon bien plus loin.
Alors non, évidemment je ne vais pas spoiler la suite de la pièce, simplement dire peut-être que le tunnel premier, qui déjà n'avait rien de lisse, laisse la place à une montée en tension voire à quelques pétages de câble dans les règles de l'art. Nous étions dans le paraître : nous voici à présent derrière. Un derrière fascinant, ambigu, inattendu : tout ce qu'on avait cru comprendre se déplace, se déforme, continue de poser question. C'est malaisant à souhait, c'est une ambiance assez unique de clownesque-tragique, c'est vraiment troublant. Et surtout, c'est fait avec une maîtrise absolue, une rigueur incroyable, et une direction d'acteurs au cordeau. Moi qui ne suis pas une grande fan du travail de Nicolas Bouchaud, je suis obligée de m'incliner bien bas. Le cynisme qu'on lui connaît, cette distance qu'il installe souvent avec ses personnages, donne ici un côté presque stand-up : il est à la fois dans le rôle et en dehors, à se moquer légèrement de lui-même. Ce double jeu est d'un équilibre fou. Tout les comédiens suivent également cette maîtrise folle : impossible de détourner le regard un seul instant.
Ceci étant, et même si j'ai passé un excellent moment, je rajouterais simplement une petite note : la pièce risque de laisser de côté qui ne s'intéresse un peu à ce milieu littéraire, à ses postures, à ses petites lâchetés, qu'on planque, ici, derrière le bon goût.














