
Le discours d'un roi
Dans l’Angleterre des années 30, le duc d’York se retrouve propulsé vers le trône alors qu’il souffre d’un bégaiement qui l’empêche de prendre la parole en public. Sa rencontre avec un orthophoniste australien aux méthodes pour le moins singulières va peu à peu changer sa vie. Alors que l’Europe s’enfonce dans une période troublée, cet homme que rien ne destinait à régner doit apprendre à trouver sa voix.
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L'équipe artistique
De David Seidler
Adaptation française Gérald Sibleyras et Patrick Haudecœur
Mise en scène Jérémie Lippmann
Assisté de Sarah Gellé et Sarah Recht
Avec Francis Huster, Philippe Torreton, Delphine Depardieu, Grétel Delattre
Lumières Denis Koransky
Décors Jacques Gabel
Costumes Jean-Daniel Vuillermoz
Musiques Jérémy Gaucher
Francis Huster et Philippe Torreton réunis pour la première fois sur scène. Pas besoin d'être Mordue, c'est-à-dire secrètement amoureuse des deux, pour comprendre que ce moment de théâtre s'annonce fou.
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
C'est l'un des spectacles événement de cette rentrée : entre la rencontre de deux monstres de théâtre qui n'ont encore jamais partagé la scène et l'immense succès du film (4 Oscars, excusez du peu) dont est tirée la pièce, on avait de quoi baver un peu. Et vu le monde qui peuplait le Théâtre du Gymnase ce soir-là, on ne devait pas être les seuls à baver. Le risque quand on a trop d'attentes, c'est d'être déçu, mais on vous rassure tout de suite, vous pouvez réserver en paix : le spectacle est exactement à la hauteur de ce qu'on attendait.
C'est avant tout une pièce d'acteurs. Jérémie Lippmann signe une mise en scène sobre et élégante, portée par des décors imposants et des enjeux qui le sont tout autant. Ses tableaux ont un petit air de cinéma, mais c'est bien aux comédiens qu'il réserve le premier plan. L'histoire repose tout entière sur la rencontre entre deux hommes, et ça tombe bien : le face-à-face entre ces deux natures si différentes fait des étincelles. D'un côté Torreton, droit et renfermé. De l'autre Huster, emporté, enthousiaste, libre de toute contrainte, débordant d'élan.
Il l'a dit dans de nombreuses interviews : c'est la première fois qu'on voit Philippe Torreton dans le rôle d'un personnage qui ne sait pas parler. Et ce bégaiement devenu complexe s'accompagne d'une autre première, plus impressionnante encore pour nous, spectateurs : on ne l'avait jamais vu aussi raidi. En comprimant sa puissance, il dessine un personnage immédiatement poignant, qui redescend à hauteur d'homme malgré la couronne. La solitude, le poids de son statut, une enfance passée à se faire reprendre : il porte tout sur ses épaules, et cet effort de chaque instant pour les garder droites est bouleversant.
Face à lui, Huster apporte l'humour. Sûr de lui, taquin, il s'amuse avec le roi autant qu'avec le public. Il le pousse dans ses retranchements, le titille, le tutoie presque, et guette nos rires du coin de l'œil. Avec lui, l'étiquette n'a qu'à bien se tenir. Lippmann laisse vivre leurs échanges, et ça marche : plus leurs jeux s'opposent, plus c'est beau. On s'attache à cette drôle d'amitié, faite de respect et de tendresse. C'est grave et léger à la fois, et tout le spectacle tient dans ce clair-obscur.
Autour d'eux, le reste de la distribution campe le contexte historique : des rôles plus discrets, sans lesquels le décor ne tiendrait pas. C'est une pièce d'hommes, et pourtant… Celle qui aurait pu se contenter d'être « la femme de » parvient à hisser son personnage au rang de reine. Delphine Depardieu fait exister la duchesse d'York, lui donne un vrai relief et fait sentir son influence sur son époux. Ouverte là où Torreton se renfrogne, le regard inquiet, attendrissante, elle n'en porte pas moins la détermination et l'assurance pour deux. Après Merteuil, elle impressionne encore. Décidément, la grandeur lui va bien. C'est elle qui croit en ce roi qui cherche ses mots, quand lui n'y croit plus. Nous, on n'en manque pas pour vous dire d'y aller.








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